PLAN :
- Abréviations
- La part des dépenses de santé
- Activités liées à la médecine
- Autres coûts
- Bilan
Abréviations :
M : million. Ex : 1 Mhab = 1 million d’habitants
G : giga (milliard). Ex : 1 G€ = 1 milliard d’euros
~ : indique une valeur « environ ». Ex : ~ 2 M€ = environ deux millions d’euros
PIB : produit intérieur brut
CA : chiffre d’affaires
DSCI : dépenses de santé au sens international
CSBM : consommation de soins et biens médicaux
SESO : J’utilise cette abréviation pour désigner la Sécurité Sociale, de préférence à SS, acronyme de sinistre mémoire.
INSEE : institut national de la statistique et des études économiques
DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques
La DSCI comprend (source : vie-publique.fr) :
1. la CSBM, qui totalise les dépenses concourant au traitement des malades. Parmi ces dépenses figurent les soins hospitaliers, les soins de ville, les biens médicaux (médicaments, prothèses…) et les remboursements de transports sanitaires. La CSBM s’élevait à 226,7 milliards d’euros en 2021, soit 9,1% du PIB. Elle représente 70% de la dépense courante de santé ;
2. les dépenses de soins de longue durée à destination des personnes handicapées ou âgées en établissement ;
3. les indemnités journalières versées par l’Assurance maladie aux assurés qui ont dû cesser temporairement de travailler pour cause de maladie, de maternité ou d’accident du travail ;
4. les dépenses de prévention individuelles (par exemple, la médecine du travail ou scolaire) et collectives (les campagnes d’éducation à la santé, par exemple) ;
5. les dépenses en faveur du système de soins, qui incluent :
– des subventions au système de soins (prise en charge partielle des cotisations des professionnels de santé, aide à la télétransmission) ;
– des dépenses de recherche médicale et pharmaceutique ;
– des dépenses de formation des professionnels de santé.
6. le coût de gestion du système de santé : frais des différents régimes de Sécurité sociale, des organismes complémentaires, budget de fonctionnement du ministère chargé de la santé…,
Part des dépenses de santé
PIB de la France : en 2024 (source INSEE) 2 920 G€, pour 68.52 Mhab, soit : 42 615 € par habitant, ou ~ 100 000 € par actif equivalent-temps-plein
Dépenses de santé (source DREES, 2024) :
DSCI : 333 G€, soit 11.4% du PIB ;
dont CSBM 255 G€ soit 8.7 % PIB ;
dont 121 G€ pour les soins hospitaliers ;
78 G€ pour les soins « ambulatoires »;
56 G€ pour les « biens médicaux »,
dont 34.5 G€ pour les médicaments.
Financement :
Par la SESO et l’Etat : 202 G€, soit environ 79% de la CSBM,
Par les mutuelles : 13%,
Par les ménages directement : 8%.
Sécurité Sociale
Selon le rapport de la SESO elle-même, en 2024, sa branche maladie donne 235 G€ de prestations (hiatus entre cette valeur et les 202 G€ ci-dessus).
Elle annonce un solde de -14 G€.
Le « trou de la sécu » est donc de 14 G€ en 2024, et aurait atteint 23 G€ en 2025.
Complémentaires santé (mutuelles) :
Selon la DREES en 2023 : les cotisations rapportent 43 G€.
Compte tenu du fait que les remboursements effectués par la SESO sont ~ 80%, cela donne bien, comme indiqué ci-dessus, ~ 13% du financement total de la CSBM.
En moyenne les mutuelles présentent un bénéfice net de 3.4% des cotisations, soit ~ 1.5 G€.
Nota : environ 2.5 Mhab n’ont pas de mutuelle.
Le « trou de le Sécu » existe-t-il vraiment ?
En d’autres termes, à qui reviendrait-il de combler son déficit ?
Pour trouver les réponses, essayons d’analyser les activités dont dépend la santé, afin d’évaluer les économies possibles.
Principe de base : s’enrichir démesurément sur le dos des malades, c’est absolument contraire à toute éthique, à toute solidarité, à toute humanité. Cela concerne en particulier, tout profit au sens capitaliste, dividende d’action, excès de rémunération.
Et d’autant plus que, compte tenu de l’évolution vers la sobriété et la décroissance prévue pour l’humanité, un sensible resserrement des revenus s’imposera afin d’éviter tout risque de débordements violents.
« Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire » (extrait du Serment d’Hippocrate)
Activités dont dépend la santé
Notre santé fait intervenir les activités suivantes :
– « Laboratoires » pharmaceutiques.
– Industries de dispositifs médicaux.
– « Laboratoires » d’analyses.
– Hôpitaux, publics et privés
– Pharmacies
– Médecins
– Infirmiers et aides-soignants
« Laboratoires » pharmaceutiques.
On les dénomme couramment laboratoires, ce qui est un abus de langage. Le mot « laboratoire » a une connotation scientifique très positive, qui masque la réalité du fait qu’il s’agit souvent de multinationales soucieuses avant tout de maximiser leurs profits nets ; il convient de les appeler « industries » ou « usines », non pas « laboratoires ».
Leur CA en France : 35 G€ (en 2022, INSEE).
En 2023 (INSEE) : Le taux de marge moyen (nous supposons : marge brute ?, bien que ce ne soit pas clairement indiqué : INSEE, un mauvais point !) des industries pharmaceutiques est 46.8% (alors que la moyenne de l’ensemble des industries est 35.9 %) ; leur taux d’investissement moyen est 15% (moyenne des industries : 23.3 %).
Exemple : Watran pharmaceuticals (domicilié en Inde) : marge brute 40 à 80%, marges nettes 15 à 30%
Une estimation du profit demanderait de connaître les marges nettes. Je n’ai pas pu trouver ce renseignement.
De plus, une partie des investissements peut être considérée comme médicalement inutile, cela sert uniquement à faire du profit. Certaines appréciations donnent jusque 50% d’inutiles (Prs. Debré et Even). Dans cette hypothèse, le taux d’investissement utile serait peut-être de 8% seulement.
On ne peut faire que des conjectures. Pour cela, on a des estimations des dividendes des industries pharmaceutiques, selon medicament-bien-commun.org, en 2025.
– Dividendes par entreprises. Exemple : Sanofi 4.9 G€ (dont une partie à l’étranger). Mais je ne vais pas me palucher toutes les entreprises pour chercher quels sont réellement leurs profits, c’est trop incertain.
– Le total des dividendes des industrie pharmaceutiques en Europe : 50 G€
Selon INSEE, en France, en 2016, les dividendes étaient 1.2 G€ seulement, soit 2.4 % du total européen, alors que la proportion de la population française est 15 % ; cette valeur de 1.2 G€ est donc probablement très sous-évaluée. Devrions-nous retenir plutôt la proportion de population ? Dans cette hypothèse, les dividendes français seraient de 7.5 G€.
Industries de dispositifs médicaux.
Leur CA en France : 32.5 G€ en 2023 (source snitem).
Marges nettes : 12 à 20% (en 2023 ?, sources modelesdebusinessplan.com. et igf.finances.gouv) ; mettons donc : moyenne 16%, soit ~ 5 G€.
Impossible de trouver le taux d’investissement de ce type d’industrie.
Un exemple, la dialyse : d’après un article du Canard Enchaîné de janvier 2026, la différence de coût d’une dialyse entre France et Allemagne laisserait entendre – en première analyse -que les opérateurs de dialyse français empocheraient ~ 1.5 G€ de bénéfice de plus que les allemands …
En l’absence de plus de renseignements, je garderai l’estimation de 5 G€.
« Laboratoires » d’analyses.
Comme ci-dessus, le terme « laboratoire » est un abus de langage. Ce sont des entreprises privées ; sans aller jusqu’à la quête du profit au sens capitaliste, elles n’en ont pas moins pour priorité la rentabilité. Elles ont pour la plupart supprimé les rendez-vous, les analyses sont exécutées à la chaîne (à « flux tendus »), et les patients doivent souvent faire la queue pendant une durée indéterminée plus ou moins longue surtout pour des prélèvements à jeun, donc en début de matinée (mon cas : 2 fois 1 h ½, dont : la 2e fois dehors debout pendant la moitié du temps).
CA en 2022 : 8.2 G€ ; rentabilité 23% (selon media-options). Mais ce CA était exceptionnellement élevé, lié aux épisodes de COVID en 2020 et 2021.
En 2023, le CA était revenu à une valeur plus proche des autres années : 6.2 G€.
Marges nettes : moyenne 5 à 15% (modeledebusinessplan.com) soit en 2023 : 600 M€
Hôpitaux
Hôpitaux publics.
Là aussi on pourrait parler d’usines, tellement la rentabilité semble le 1er des soucis pour les dirigeants. Ce souci entraîne la persistance des difficultés pratiques rencontrés par les salariés et les patients. Et pourtant les hôpitaux publics sont constamment en déficit, et celui-ci semble s’aggraver avec les années (2.4 G€ en 2023 selon la DREES ; en pourcentage ; ~ 2.5 % des recettes)
Cliniques privées.
Etant privées, leur rentabilité est comme on s’en doute leur principal souci, et elles font face aux mêmes difficultés de fonctionnement que les publics.
Recettes totales : 18.7 G€. Résultat net 627 M€, soit 3.4% des recettes (DREES).
Nota : Cliniques ET hôpitaux privés, ou seulement cliniques privées ? Je n’arrive pas à trouver un résultat clair.
Pharmacies.
74 000 pharmaciens. 20 000 officines (donc autant de propriétaires).
CA de la profession : 47 G€.
Salaire brut mensuel moyen d’un pharmacien salarié : ~ 4500 €. Soit : ~ 3500 € net. On ne peut pas dire que ce soit énorme pour un métier qui demande ~ 8 ans d’études.
Revenu brut mensuel moyen d’un pharmacien propriétaire : 7500 € mais avec de très grandes disparités : 25% d’entre eux auraient un revenu supérieur à > 13 000 €.
On peut envisager d’écrêter les revenus des propriétaires à leur moyenne, ce qui donnerait une récupération de ~ 0.05 M€ : quantité négligeable devant les autres.
Médecins.
Médecins dits couramment « libéraux ». Le terme « libéral » utilisé pour désigner les activités privées indépendantes et plus généralement l’économie capitaliste actuelle, est inapproprié, car c’est une notion essentiellement morale. Nous les qualifierons plutôt d’ « indépendants ».
Médecins indépendants : nombre ~ 100 000. Revenu annuel moyen ; 124 000 €. Donc total : 124 G€ (2021, DREES).
Toujours selon la DREES, un médecin « libéral » gagne 7 800 €/mois (93 600 €/an) moins les frais.
Deux valeurs très différentes provenant du même organisme …. Laquelle croire ?
Il y a de très grands écarts selon les spécialités, ou bien entre hommes et femmes.
Médecins salariés : nombre 95 000 (2023, francemutuelle.fr).
En 2021 leur revenu brut mensuel moyen est ~ 6 000 € (source : matmut.fr). Revenu confortable, que je ne critiquerai pas, dans la mesure où ceux que j’ai rencontré ne ménagent pas leur temps et leurs efforts.
Dépassements. Je n’en ai trouvé que pour les spécialistes seulement : 4.5 G€ (2024) – pas d’information sur les dépassements de généralistes.
En 2024, (source : SESO): Sont en secteur 2 : 56% des spécialistes, soit 73 000 ; et 25% des généralistes, soit 25 000.
Ce poste est souvent coûteux pour les patients, mais il ne concerne pas la SESO.
Il est envisageable d’écrêter les plus hauts revenus :
Ne considérant que les spécialistes, qui ont en moyenne de plus hauts revenus que les généralistes, on note ceci (DREES 2021) : nombre de spécialistes : ~ 48 000 ; revenu annuel moyen : 153 000 €. Donc, ~ 25 000 médecins ont un revenu >~ 150 000 €; on compte en outre ~ 6 000 dont le revenu est <~ 95 000 €, donc ~ 42 000 ont un revenu >~ 95 000 €.
Procédons à un écrêtage à 95 000 €, ce qui constitue encore un revenu très confortable, même si beaucoup de médecins ne comptent pas leurs efforts ni leur temps.
On récupérerait alors ~ 2.3 G€.
Et nous sommes sans doute encore assez loin du compte, mais en l’absence de données précises, nous en resterons à cette valeur probablement sous-évaluée.
Infirmiers et aides-soignants
Leurs nombres semblent connus avec peu de précision.
On aurait ~ 570 000 infirmiers en 2025. Salaire mensuel brut ~ 2000 à 3500 € (selon ancienneté), soit en net : ~ 1500 à 2800 €
On aurait ~ 450 000 aides-soignants (années 2020). Salaire mensuel net ~ 1200 à 1750 €.
Ce n’est certes pas cette profession qui alimente le trou de la Sécu. Au contraire, on en manque souvent cruellement.
Autres coûts
Il faudrait prendre en compte les coûts des maladies résultant de nos modes de vie.
Drogues
Tabac, alcool et autres drogues.
Au total leur cout social est 260 G€.
Part de l’alcoolisme : ~ les 2/5. Tabac : ~ les 3/5. Drogues : 2.5%.
Les dépenses de santé liées à leur consommation dépassent de 7 G€ les recettes des taxes prélevées par l’Etat sur leurs ventes, dont une part est attribuée à la SESO (recettes 17 G€, dépenses de santé 24 G€, selon vie-publique.fr, 2019).
Si la participation de la SESO est 80% dans ce domaine comme ailleurs, cela représente pour elle un déficit de plus de 5 G€.
Pas de doute sur ce poste : il est utile de récupérer ce déficit à la fois par l’augmentation des taxes et par l’éducation. On a pu constater d’ailleurs une diminution du tabagisme et de l’alcoolisme depuis 20 à 40 ans.
Diabète
Certains diabètes sont d’origine génétique ; les autres, dus au mode de vie, surtout ceux de type 2, les plus sévères, et aussi les plus coûteux.
Les dépenses de santé dues au diabète sont de plus de 10 G€ (source adpassurances.fr, 2022). Donc participation SESO : 8 G€
Attribuons une grosse part à « pas de chance », et retenons seulement 4 G€ dus au mode de vie, à récupérer.
Maladies mentales
Dépenses relatives à la santé mentale (dépressions, dont « burn-out » au travail) : 24.7 G€ en 2022, dont 60% pour la SESO, soit 14.8 G€ (source presse.mgen.fr).
Là encore, attribuons une part à « pas de chance », et retenons par exemple à récupérer, 10 G€ dus au mode de vie.
Dépenses de soins relatives aux modes de vie en général : rythme de vie, stress, insomnies, alimentation, accidents de toute nature. Les postes ci-dessus en font partie.
La responsabilité en incombe partiellement aux malades, sans doute. Très partiellement toutefois, car les principaux responsables sont : les entreprises qui exigent la rentabilité maximale de leurs salariés, et les industries alimentaires qui sur-poussent à la sur-consommation : elles devraient donc donner une quote-part pour compenser leurs effets néfastes sur la santé.
Mais nous n’avons pas aujourd’hui d’estimation pour ce poste qui regroupe beaucoup de postes très disparates.
Bilan
Première observation : il est bien difficile de s’y retrouver et de trouver des valeurs numériques tant soit peu précises et fiables. Tentons cependant l’estimation de ce que devrait récupérer la SESO, en utilisant les valeurs proposées ci-dessus.
Voici donc en résumé les sommes que la SESO devrait légitimement pouvoir récupérer, estimations que je considère comme modérées.
- Activités directement liées à la médecine
Usines pharmaceutiques : profits par dividendes 7.5 G€
Dispositifs médicaux : marges nettes 5 G€. Ce chiffre contient probablement les éventuels investissements, serait donc un peu surévalué. Mais rien n’est bien sûr.
Labos d’analyses : marges nettes 0.6 G€
Cliniques privées : marges nettes 0.6 G€
Pharmacies : ~ 0
Médecins : ecrêtage des revenus 2.5 G€, probablement sous-évalué
Infirmiers : 0
Total : 16 G€
- Effets délétères des modes de vie
Drogues : 5 G€
Diabète : 4 G€, certainement sous-évalué
Maladies mentales : 10 G€, peut-être sous-évalué
Autres dépenses dues aux modes de vie : ?
Total : 19 G€ + ?
Il est remarquable que ce deuxième ensemble de postes, de nature extra-médicale, donne une valeur totale supérieure aux postes de nature spécifiquement médicale.
Total : 35 G, d’où il résulte que la SESO, bien loin d’être déficitaire, serait en réalité excédentaire de 12 G€ en cas de politique réellement éthique.